lundi 27 décembre 2010

Bal à l'ambassade

Ça brasse en Europe, mais tout le monde ici est dans la dinde, donc les gens sont peut-être passé à côté:

http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/12/23/un-blesse-grave-dans-l-explosion-d-un-colis-a-l-ambassade-de-suisse-a-rome_1457153_3214.html.

Je ne crois pas que les personnes qui aient été blessées soient des hauts placés. Si c'était le but visé, c'est raté, semble-t-il.

Mais puisqu'ils et elles sont dans la dinde, nos pacifistes n'ont pas encore eu le temps de sauter là-dessus.

Avant de se prononcer pour ou contre ce genre d'actions, j'aimerais que les gens tentent de comprendre d'où vient cette colère chez ces anarchistes et pourquoi ils et elles agissent de la sorte. Les anarchistes répondent à une violence systémique qui est à des années lumières de celle qu'on dénonce dans les bulletins de nouvelles. C'est le monopole de la violence légitime de la part de l'État qui est remis en question ici et c'est ce qui scandalise tant madame la marquise. Pas la violence du système, mais la violence des victimes de ce système qui dans un geste désespéré, crient à la révolte et à la justice.

Si nos dirigeants veulent nous plonger dans la barbarie, des barbares vont émerger. Le tsarisme a créé les nihilistes de toute pièce. Comprendre leur histoire, c'est comprendre cela. Hors que va créer le néo-libéralisme et le capitalisme sauvage? On a un aperçu, mais ce n'est qu'un début. Un peu comme dans Star Académie, mais en plus trash.

Au lieu de prendre les gens au sérieux, on les tourne en ridicule et on les faits se sentir complètement impuissants. Ça fini par donner de tels évènements. Doit-on mettre des bombes pour se faire entendre? Car les pétitions et les manifs à ballons, ça ne fonctionne pas. Et lâchez moi Gandhi, il y avait de la violence partout autour de lui. En plus, l'Inde ce n'est pas le paradis de l'auto-gestion à ce que je sache.

Je suis pourtant quelqu'un qui n'est pas violent pour deux cennes. Mais la société dans laquelle on vie est extrêmement violente et décadente et une fois qu'on le comprend et qu'on a un minimum de coeur, on ne peut pas rester les bras croisés sans rien faire.

Car ce n'est pas madame la marquise qui brandit sa sacoche dans les airs qui va changer quelque chose à cette société de merde. Pas plus que le militaire qui va tuer des étrangers et des étrangères qui ne nous ont rien fait et ce en notre nom.

Alors si on est contre ce genre d'actions, on fait quoi?

8 commentaires:

Mouton Marron a dit…

Chose certaine, c'est qu'il faut bien cibler les actions. Sinon, le message ne se rend pas et la légitimité paraît nulle.

Les initiateurs/trices des actions ont joué avec des substances dangereuses: c'était nono et irresponsable malgré la situation de plus en plus désespérée et la répression. Encore heureux qu'illes n'aient pas tué du monde. Avec ces substances, tu ne peux pas te permettre d'erreurs. C'était hasardeux d'envoyer des cadeaux comme ça.

Je pense ne jamais avoir recours à l'agression physique mais même dans cette optique, l'utilisation de pyrotechnie me semble pitoyablement inefficace. Des manifestant-e-s ont failli péter la gueule du Prince Charles sans utiliser le feu. Une connaissance m'a avoué que dans les années 80, il leur était arrivé de saccager un bureau patronal avec des bâtons de baseball. Même résultat, moins les blessé-e-s.

Mais bon, je ne veux pas jouer à l'idiot qui regarde le doigt au lieu du ciel. C'est vrai que ce genre d'actions arrivera plus fréquemment si l'horreur se maintient.

Bakouchaïev a dit…

En effet, ce n'est pas le coup du siècle. En même temps ça devient impossible d'avoir un débat autour de la question violence/non-violence, à cause du dogmatisme autour de cet enjeu. Mais j'avoue qu'il y a du dogmatisme dans les deux «camps» et peu de réflexion.

Ce qui me frustre souvent ce sont les gens qui chiâlent contre ça, non sans raison, mais qui vienne tout gâcher en nous disant d'écrire à notre député et que le système fonctionne.

C'est pour ça que j'essaie d'amener les gens dans le concret et les sortir de l'abstrait. Je veux des solutions. Quelque chose qu'on puisse appliquer dans la vraie vie, pas juste dans un livre pour intellos ou sur un tableau blanc de l'UQAM.

C'est très difficle d'avoir ce genre de discussions. Je me rend compte que les gens ne sont pas vraiment à ce niveau là...

Je suppose que c'est trop difficile d'imaginer comment pourrait fonctionner une société autrement.

agitateur a dit…

Passer le message, se faire entendre, être écouté ...

Ça, c'est la pensée libérale qui accepte l'ordre établi en place et cherche un compromis : ce qui est impossible dans le système capitaliste alors que nous sommes matérialistes révolutionnaires anarchistes ou communistes.

Il faut cesser de rechercher cette connexion phallique, cette communication avec l'autorité. Il n'est pas notre ami, ni notre allié : il est notre ennemi et se doit d'être détruit.

Tant et aussi longtemps qu'on voudra « faire passer un message », on va se planter. Ça fait combien de siècles que les jacqueries et les attentats dits « terroristes » ont lieu mais ne mènent strictement à rien, contrairement aux partis et mobilisations de masse ?

L'Histoire prouve bien des choses.

agitateur a dit…

Comme disait Zizek :

The clearest example that I quote in my book is this subjective violence at its irrationnal purest, [...] with the lingustic term « phatic communication » : it’s not a message, it just to establish the link. Its the way of saying: *hand waving* « Hi ! We are here. We want to be visible. » Which is why the liberal counterargument « Okay, we got your point, but couldn’t you just do a peaceful protest » doesn’t work, because that way, nobody would notice them. And, so, this is where I think one should complicate the picture. The last most radical, maybe, thesis of the book is that we live in an era where violence is the big taboo. Like, you know, the whole point about political correctness, harassment is that the threshold of violence is getting higher and higher in the sense of things which 50 years ago or even less would be perceived as maybe tasteless, but normal, are today violence. I don’t know… the tragicomic example which happened to me in the US: I look you into the eyes… ah, ah, visual rape !

Bakouchaïev a dit…

On ne doit pas chercher à se faire entendre de nos dirigeants, c'est vrai. Mais on doit sortir la population de sa torpeur. Si le but visé c'est l'autogestion, c'est impensable d'agir en l'exluant totalement de ce qu'on fait. Dans le cas présent, ce n'est pas ce que le groupe en question accompli, mais je ne sais pas à quel point leur but était de se faire entendre ou si pour eux c'était l'idée d'agir et de poser un geste concret.

Je ne sais pas, il faudrait leur demander.

Mouton Marron a dit…

En effet, il n'est pas question de convaincre le gouvernement de quelque chose, mais bien de sensibiliser la population. Quand tu poses une action politique, il faut que ça ait un effet quelconque. Prenons l'exemple d'un bureau de recrutement de l'armée.

Je repère quatre grandes stratégies d'opposition.
1. Tu sensibilises les gens pour les empêcher de se faire recruter.
2. Tu harcèles ton député jusqu'à ce qu'il dise à l'armée de foutre le camp.
3. Tu fais fermer le bureau de recrutement par l'action directe.
4. Tu sautes sur un recruteur et tu lui crisses un coup de poing.

Là-dedans, il y a deux solutions qui me semblent au minimum efficaces. La première est intéressante parce qu'elle conduit les gens à réfléchir sur leurs aspirations. La troisième l'est aussi parce qu'elle anéantit le problème de manière définitive (sans toutefois passer par l'esprit critique). Les deux autres, c'est du vent. Crisser un coup de poing au militaire ne ralentira pas le recrutement. Écrire au député ne garantit rien si celui-ci est un chien de militariste.

Les individus en question ont choisi une stratégie de type 4. Le courrier piégé ne renversera pas le capitalisme ni l'État: il faut bien s'en rendre compte. Même si les 3/4 des député-e-s se faisaient exploser la gueule, ça ne suffirait pas à déclencher la chute de l'oppression. Au contraire.

Il faut être réaliste. Si l'action risque de CHANGER quelque chose, c'est une option à étudier. Sinon, je ne vois pas l'intérêt.

J'ai donc parlé de légitimité et de message. Parce que ce genre d'actions me semble être proche de la propagande par le fait. Cela viserait l'intimidation des puissant-e-s, la vengeance, etc. Mais avant tout à montrer quelque chose au peuple.

Quant à la légitimité, c'est aussi quelque chose qu'il faut prendre en compte quelquefois, sauf lors d'actions purement défensives, bien entendu. Mettons qu'un politicien crapuleux prononce un discours hideux qui dégoûte tout le monde. Si, en réponse, un-e original-e lui lance une tarte ou une statuette de la Vierge Marie à la tête, les gens approuveront au moins silencieusement et voudront peut-être imiter le geste. La légitimité semble presque naturelle. Maintenant, si vous envoyez une lettre piégée à un ambassadeur nowhere, personne comprendra.

Mais par-dessus tout, une action radicale, pour être efficace sur le plan symbolique, doit être en phase avec ce que les gens vivent au quotidien. C'est seulement dans cette situation que l'action devient plus forte que la diffamation médiatique va suivre. Quant aux actions qui cherchent autre chose que d'attaquer un symbole, elles doivent être handicapantes! En cela, ce n'est pas toujours la méthode la plus violente qui est la plus efficace.

Mouton Marron a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Mouton Marron a dit…
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