mercredi 19 mai 2010

Rediriger notre colère

S'il est normal d'accumuler les frustrations et d'en arriver à devenir une boule de haine, je ne pense pas que péter des vitrines ou lancer des roches aux policiers nous procurent une quelconque satisfaction, en tout cas, pas en ce qui concerne le long terme.

Je me répète, mais nous devons trouver un moyen de se regrouper afin que cette énergie ne soit pas perdue. Cette colère est légitime, mais si elle s'exprime n'importe comment, ça demeura un phénomène superficiel n'ayant aucune prise sur le réel et le fonctionnement des institutions en place.

Plusieurs de mes frustrations personnelles ne viennent pas forcément directement du système à proprement parlé, bien qu'il soit difficile parfois de mesurer où commence l'impact de ce dernier dans nos vies et où s'arrête-t-il. Si vous avez envie de frapper un imbécile, vous pouvez vous demandez pourquoi ce dernier est justement un imbécile (bien qu'à ce niveau, on est tous et toutes, l'imbécile de quelqu'un d'autre et vice versa)?

Et puis peu importe la source de notre colère, il y aura toujours des choses à améliorer, des choses à changer, des choses à renverser (outre que des chaises et des voitures de police). Il est bon de réfléchir à tout ça afin d'agir de façon stratégique, de manière plus raisonnée.

Ce n'est pas ici une dénonciation de la violence, au contraire. Je suis pour la violence, si elle est libératrice, si elle vise à supprimer une injustice. Mais trop souvent, elle est superficielle, reste à la surface des choses et est purement irréfléchie.

Bien que certains actes de destruction peuvent être bénéfiques d'un point de vue émotionnel, voir même psychologique, leurs effets seront passagers et ne pourront combler le malaise profond que plusieurs doivent ressentir. Et ils seront toujours à recommencer, ceux-ci n'ayant qu'un effet temporaire qui au final, ne changera rien au monde matériel qui pourri notre existence.

Je suis souvent au prise avec des idées noires, souvent floues, mais je sais que laisser libre court à ces «fantasmes de destruction» ne ferait qu'empirer les choses.

Car après tout, qui a-t-il de pire que de faire la page couverture du Journal de Montréal, sans pouvoir se justifier?


5 commentaires:

Mouton Marron a dit…

Parles-tu du gars qui a essayé de faire exploser l'édifice du JdeM, ou des anars qui ont brûlé une Banque?

Bakouchaïev a dit…

«Parles-tu du gars qui a essayé de faire exploser l'édifice du JdeM»

Y'a un gars qui a tenté de faire exploser l'édifice du JdeM? Honnêtement, ça me dit vaguement quelque chose, mais quand je disais sur ton blog que je suis plus ou moins l'actualité...

Je ne me référais pas à un évènement d'actualité en particulier. J'essais d'éviter justement d'être un blog qui suit l'actualité, mais j'avoue m'y faire prendre souvent, un peu malgré moi.

Pour ce qui est de la Banque, j'ai cru comprendre que ce serait des agents provocateurs? Si c'est le cas, c'est un autre sujet, quoi que ça se rejoint, je suppose.

Steffen a dit…

Je me rallie à ton appel au regroupement, malgré que je quitte la ville pour tout l'été.
Ton texte me semble encore une fois très pertinent et témoigne de dilemmes réels qui m'assaillent également.
D'un point de vue très pragmatique, les initiatives comme la Pointe Libertaire ont plus d'effet qu'un ou deux anars qui brisent une vitrine. Les deux sont des actes locaux, à petite envergure, mais créer une alternative au système actuel est souvent plus pertinent que des actes de destruction qui au font, finissent davantage par alimenter le capitalisme que le détruire. N'empêche, comment peut-on canaliser autant de rages en quelque chose de créateur ? À mon sens, des groupes comme les Blacks Blocs demeurent pertinents malgré tout...

Bakouchaïev a dit…

«N'empêche, comment peut-on canaliser autant de rages en quelque chose de créateur ? À mon sens, des groupes comme les Blacks Blocs demeurent pertinents malgré tout...»

La question mérite d'être posée. Ce qui est constructif pour une personne sera négatif pour une autre, alors que les deux personnes se rejoignent peut-être sur le but ou certains buts à atteindre (genre une société égalitaire, autogérée, réellement démocratique, non sexiste et non raciste, etc), mais pas forcément en ce qui concerne les moyens. À ne niveau, j'ai tendance à prôner la diversité des tactiques, mais peut-on assembler un groupe basé sur des affinités qui adopte cette stratégie et qui regroupe des gens qui ne s'entendent pas sur les moyens à adopter? Je ne sais pas.

Comme tu dis, ce n'est pas forcément évident de canaliser les frustrations et en faire quelque chose de stratégiquement viable, surtout que d'après moi, toutes les révolutions ou les tentatives passées ont échouées. Si on peut s'inspirer de l'Espagne (surtout ce qui précède la guerre civile), il y a eu des errances. Autrement dit, il n'y a pas de modèle parfait.

En passant, je ne laisse pas tomber l'idée du blog/journal collectif. Je sais que c'est peut-être un peu long à démarer, mais je voulais entre autre parler à une personne, chose que je n'ai pas fait. Sinon, il faudra se rencontrer (je présume) et trouver un moment qui convient à tout le monde.

Et en effet, les Black Blocks n'est pas forcément une mauvaise idée, bien que je suis loin d'être un spécialiste en la matière.

anarchopragmatisme a dit…

J'en ai parlé dans mon dernier billet.